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Blogue d'ÉquiLibre

Le poids, un sujet lourd de conséquences!

Par Anouck Senécal, Dt. P., Chef de campagne

28 octobre 2015

Dans les dernières semaines, le poids de deux personnalités publiques a fait l’objet de bien des discussions sur les réseaux sociaux et, supposons-le, dans plusieurs soupers de famille!

 

D’abord, plusieurs fans de l’animatrice et productrice Julie Snyder ont commenté sa récente perte de poids en témoignant leurs préoccupations face à sa santé. D’autres ont émis des hypothèses pour expliquer sa nouvelle silhouette, lui diagnostiquant un cancer, une dépression ou un trouble alimentaire, alors que certains y sont allés de commentaires carrément désobligeants et blessants quant à son apparence. Quelques semaines plus tard, c’est au tour du ministre Gaétan Barrette de recevoir des commentaires sur sa perte de poids. Dans ce cas-ci, c’est presque unanime : on le félicite et l’encourage pour avoir enfin pris sa santé en main, certains qualifiant même son amaigrissement d’un bel accomplissement.

 

 

Parlons-nous trop de poids?

Pourquoi tant de commentaires sur le poids de nos vedettes? N’est-ce pas un sujet qui ne devrait concerner qu’eux-mêmes, et peut-être leur médecin?

 

En fait, les questions à se poser sont beaucoup plus vastes : pourquoi le poids occupe-t-il une place si importante dans de nos conversations et nos pensées, et surtout, pourquoi cela est-il inquiétant? La réponse à ces deux questions est sensiblement la même: on parle souvent de poids parce qu’on vit dans une société où la pression pour se conformer à un idéal de minceur est très, très grande. Le poids obsède et préoccupe tant de gens! Il est inquiétant de parler souvent de poids, parce que cette pression sociale conduit une majorité d’individus à vivre de l’insatisfaction à l’égard de leur corps.

 

Rappelons-nous qu’au Québec, près de trois femmes sur quatre souhaitent maigrir[1]et ce, qu’elles aient un poids normal ou non, près d’un homme sur deux est insatisfait et préoccupé par son tonus musculaire[2] et un adolescent sur deux n’aime pas son corps[3]. Dans un tel contexte, le poids n’est pas un sujet banal et surtout, ce n’est pas un sujet sans conséquence.

 

Les conséquences sur soi et sur les autres

Qu’elle ait un surpoids ou non, une personne préoccupée par son poids qui reçoit fréquemment des commentaires sur celui-ci pourrait avoir recours à des méthodes risquées pour contrôler son poids, comme l’entraînement excessif ou non sécuritaire, les régimes draconiens, le jeûne, l’usage de tabac, etc.

 

Face à des commentaires négatifs sur son poids, une autre personne pourrait perdre confiance en elle et avoir tendance à s’isoler ou à abandonner la pratique d’activités physiques par peur d’être jugée.

 

Pour une autre personne insatisfaite de sa silhouette, il est probable qu’en recevant un compliment suite à un changement de poids, celle-ci en vienne à considérer que sa valeur se résume à sa capacité de contrôler son poids, affectant ainsi son bien-être psychologique.

 

Souvenons-nous également que dans la plupart des situations, nous ne connaissons pas les raisons qui ont mené à un gain ou une perte de poids. Pourquoi ne pas plutôt féliciter et encourager les gens autour de nous parce qu’ils prennent soin d’eux et ce, qu’il y ait un changement de poids ou non.

 

Les conséquences sur les normes sociales

Outre les conséquences négatives sur les individus, les commentaires sur le poids affectent également les normes et les valeurs de notre société. Bien entendu, les médias et l’industrie de la publicité ont une part de responsabilités quant aux modèles uniques de beauté valorisés par notre société et la pression qui en découle. Or, il est important de prendre conscience qu’en parlant constamment de son propre poids ou de celui des autres, chacun contribue aussi à entretenir et à renforcer ces normes sociales qui associent directement la minceur à la santé, à la beauté et au succès.

 

La Semaine « Le poids? Sans commentaire! »

Les commentaires sur le poids sont partout. Qu’ils soient positifs ou négatifs, qu’on les entende, qu’on les reçoive, qu’on les dise ou qu’on les pense, ils peuvent avoir des conséquences négatives sur soi, sur les autres et sur les normes sociales.

 

Dans le cadre de la Semaine « Le poids? Sans commentaire! » organisée par ÉquiLibre du 9 au 13 novembre 2015, la porte-parole de la campagne, Saskia Thuot, vous invite à ne pas parler de poids pendant une semaine. Parce qu’après tout, on a bien mieux à se dire!

 

 

Pour tout savoir sur la campagne : www.equilibre.ca/sanscommentaire

 

 


[1] Ipsos-Reid (2008). Attitude des femmes envers la gestion du poids, Les Producteurs laitiers du Canada.

[2] Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., et Tantleff-Dunn, S. (1999). The scope of body image disturbance: The big picture

[3] Pica, L.A. et coll. (2012). Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2010-2011. Le visage des jeunes d’aujourd’hui : leur santé physique et leurs habitudes de vie, Tome 1, Québec, Institut de la statistique du Québec, 256 p.